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Service publicITAIRE : une couche de plus svp !

jeudi 1er février 2018

La RTBF, noyée sous la pub depuis des lustres à l’initiative des partis politiques de pouvoir, prépare son prochain contrat de gestion pour les années 2018-2022. Le parlement de la communauté française n’a pas réussi à remettre de recommandation claire pour l’orienter. Et encore moins par conséquent à sortir la RTBF du piège commercial dans lequel elle a été poussée.
Le parlement n’avait déjà pas remis d’avis unique pour le contrat de gestion de 2008-2012. A ce moment-là, Respire avait mené campagne en vue de libérer la RTBF de la publicité commerciale [1].
Y a-t-il du neuf sur le chemin du dézingage publicitaire de la RTBF ?

Le temps de cerveau disponible des belges désormais vendu à TF1

- Il y a une constante : la veulerie des partis politiques de pouvoir qui ne veulent de toute évidence pas sortir du piège publicitaire, alors qu’il est évident que ce système est au service du désastre qui nous menace tous, eux aussi d’ailleurs [2].
Rappelons que c’est sous la houlette du PS que la pub, d’abord non commerciale, s’est incrustée à la RTBF, en 1984. Quelques années plus tard, en 1989, la pub non commerciale devenait commerciale. Depuis, ça n’arrête plus. Le CDH a toujours suivi le PS. Ecolo s’y est mis ensuite. Et le MR, souvent dans l’opposition à la Communauté française, ne propose qu’une opposition de façade puisqu’il est également partisan de la rentabilité moderne de l’entreprise publique autonome, qui ne peut l’être que sur le marché publicitaire du lavage des cerveaux à large échelle.

- Et il y a une nouveauté : l’arrivée de TF1 sur le marché publicitaire audiovisuel belge. Nous le disions il y a 10 ans, après d’autres, le risque de « décrochage » de TF1 en communauté française était important :

« Car la concentration des revenus publicitaires dans les chaînes privées françaises, et singulièrement à TF1, fait peser un risque direct à la RTBF. Il est en effet question depuis longtemps pour la principale chaîne française d’effectuer un décrochage publicitaire, c’est-à-dire de créer une régie publicitaire pour le marché belge (mais pas nécessairement enregistrée en Belgique) dont la mission serait de valoriser sur le marché de la Communauté française les écrans publicitaires de TF1. Autrement dit, les téléspectateurs belges de TF1 subiraient sur cette chaîne des publicités calibrées pour le marché belge, et non plus français. Or la concentration du marché publicitaire télé en France accroît les potentialités de bénéfice des chaînes privées, mais circonscrit également la taille du marché. Les opérateurs vont donc probablement tenter de s’étendre (ils auraient plus d’argent sur un marché plus étroit). » Lire ici.

C’est désormais chose faite. « Transfert », une petite régie publicitaire flamande, a signé un contrat avec TF1 pour commercialiser la pub pour les téléspectateurs belges de TF1. TF1 vous vous rappelez, la boîte spécialisé dans la « vente de temps de cerveau disponible à Coca-Cola »…. Désormais donc, la régie publicitaire flamande va vendre le temps de cerveau disponible des belges à TF1. Comme quoi, on n’arrête pas le progrès à la télé.

Jean-Paul Philippot, l’administrateur général ultrapropublicitaire de la RTBF réussit à déclarer sans sourciller à ce sujet que « l’urgence, c’est d’anticiper » (RTBF.be, le 4 décembre 2017, on se marre…

Sortir du piège publicitaire ou y pourrir, il faut choisir

Face au développement du marché publicitaire sur tous les supports et à l’inévitable arrivée de TF1 sur le marché belge, Respire a soutenu pendant des années que la seule option pour sauver le service public audiovisuel était de faire reculer la pub sur ses antennes, de sorte que la ligne éditoriale puisse évoluer en bonifiant, que le confort d’écoute et de visionnage soit très significativement amélioré, que la dotation publique soit justifiée, que les équipes soient à nouveau motivées par autre chose que faire du marketing larvé, et que, détail, la RTBF ne soit plus un vecteur subsidié par l’argent du contribuable pour inciter toute la population à surconsommer des produits inutiles, polluants et un mode de vie surconsumériste proprement suicidaire. Il fallait chercher des alternatives au financement publicitaire d’une partie des activités de la RTBF, et s’interroger également sur la nécessité d’installer le cancer publicitaire dans feu le service public au prétexte de le moderniser (dixit le PS).

Pour porter cette revendication plus loin, Respire avait initié avec les Equipes Populaires et consoloisirs, la plateforme associative Vigilance Action Pub ! (VAP !) [3], et rédigé pour cette plateforme, à l’automne 2009, un « cahier des charges » pour la réalisation d’une étude approfondie pour sortir la RTBF du piège publicitaire. Vous trouverez ce cahier des charges ici : Balises pour la réalisation d’une étude approfondie, indépendante et publique sur le financement alternatif de la RTBF et les possibilités de sortir le service public audiovisuel de la dépendance à la publicité.

En réponse à cette mobilisation, Fadila Laanan, alors ministre PS en charge de l’audiovisuel, avait commandé un audit pour (faire mine de) chercher les pistes possibles de financement alternatif de la RTBF. Elle déclarait dans le même temps « vouloir fermer cette porte » (celle des financements alternatifs), ce qui avait le mérite de la clarté. A notre connaissance, cet audit - dans le cadre duquel l’asbl Respire avait été auditionnée - réalisé par une grosse firme privée pour le compte de la Communauté française, n’a jamais été rendu public. Au PS, on aime le débat, la démocratie, et le service public, c’est écrit dans le programme.

PUBtréfaction !

Sortir ou rester dans le piège publicitaire, il fallait choisir. J-P Philippot, les partis politiques de pouvoir et les syndicats ont choisi l’option PUBtréfaction.

Il faut reconnaître à l’administrateur général la capacité d’avoir finalisé la mutation de feu le service public RTBF en entreprise entièrement tournée vers la course à l’audimat et à la fuite en avant technologique, les reliquats de missions de services publiques devant justifier la dotation qui constitue chaque jour davantage une distorsion de la concurrence avec les concurrents entièrement privés. Il n’est sans doute plus très loin le temps où cette dotation sera considérée comme une aide d’Etat illégale.

Notons d’ailleurs que dans le cadre de la renégociation du contrat de gestion de la RTBF, le MR a demandé la réalisation d’un audit du marché publicitaire francophone. Pourquoi ? Voyons :

« Pour justifier pareil audit, les députés bleus s’en remettent à ce qu’ils ont entendu durant les auditions. "Durant ces auditions, les représentants des télévisions locales, d’IP (la régie publicitaire de RTL, NDLR) et de la presse écrite ont accusé la RTBF de brader ses espaces publicitaires, elle profiterait de sa position de force que lui procurent ses subventions publiques, détaille Fabian Culot. L’administrateur général Jean-Paul Philippot a rejeté cette accusation et nous a indiqué qu’il nous donnerait la preuve que la RTBF ne pratiquait pas de la sorte, mais il ne l’a pas fait." L’Echo, 19 janvier 2018.

On le dit et on le répète (depuis 2006), à jouer le jeu de la concurrence, la RTBF va se faire RTL_TV1-TF1iser.
Cette perspective, visible comme le péage au bout de l’autoroute privatisée, recueille de toute évidence l’assentiment et le soutien des partis politiques de pouvoir et des syndicats. Good luck cow-boys.

Tous pouvoirs confondus unis pour le service publicITAIRE ? Ca bouge, en bas…

La télévision, c’est scientifiquement prouvé, est un objet hautement nocif. Regarder la télévision attaque à peu près tout ce qui fait santé dans votre vie. Autant le savoir : regarder la télé affaibli le corps, le cerveau, l’esprit, la sociabilité. La TV rend littéralement débile. Quels sont les pires programmes de la TV, ceux dont l’effet débilitant est le plus marqué ? Tatatata : la pub. Voilà pourquoi il est urgent de libérer la TV du piège publicitaire. Good luck cowboys.

Comme il n’y a rien à attendre en cette matière des pouvoirs confondus que sont les industriels, la direction de la RTBF, les partis politiques, les syndicats, qui ne jurent que par le progrès (dépôt de bilan en vue) et la croissance (infinie dans un monde limité, ça va cogner dur…), autant regarder ailleurs.

A ce propos, il y a ça qui vient de sortir et qui n’est pas dénué d’intérêt :
https://www.lemediatv.fr/

En tout cas, pour ce qui concerne la ligne éditoriale, ce n’est pas la même chose….

Notes

[1Pour ce qui concerne l’absence de remise de recommandation unique du parlement de la Communauté française, voir l’anomalie 8, ici

[2« Nous mettons en péril notre avenir » : 15.000 scientifiques alertent sur l’état de la planète ; Le Figaro, 13/11/2017, deux ans plus tôt, l’encyclique papale Laudaté Si ne disait pas autre chose : « "L’heure est venue d’accepter une certaine décroissance dans quelques parties du monde, mettant à disposition des ressources pour une saine croissance en d’autres parties", écrit ainsi Jorge Bergoglio, La Libre, 18/06/2015. Le but de la publicité commerciale est d’augmenter la consommation, et donc la production, et par conséquent de renforcer la culture surconsumériste ici, et partout dans le monde.

[3Voir le Communiqué de lancement le 2 octobre 2008, et la charte de la plateforme. Le site de VAP ! n’est plus en ligne.


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